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LES MAUX DE NOTRE DÉMOCRATIE

Notre démocratie,

ses outils, ses ambitions,

ses fragilités …


Tels étaient les thèmes développés par François Dosé et Serge Despeyroux dans la conférence-débat organisée par la section Martel-Haut Quercy au cinéma Le Paris de Souillac le 15 décembre 2011.

François Dosé : origine modeste dans un village « de Wendel » (construit et appartenant à la firme de Wendel), formation d’instituteur, a beaucoup travaillé dans l’éducation populaire. Maire pendant plus de 30 ans de la ville de Commercy et, en parallèle, successivement conseiller général de la Meuse, conseiller régional de Lorraine et député de la Meuse dans le groupe socialiste.

Serge Despeyroux : cultivateur lotois, conseiller général du canton de Livernon, longtemps PS, actuellement Front de Gauche.

Comme à l’accoutumé, un quizz était proposé aux premiers arrivants pour attendre les retardataires.

QUIZZ

1 – la ploutocratie est une forme d’oligarchie ?

Vrai/Faux

2 – Dans un pays, la croissance des revenus des 10% les plus riches a été, entre 1998 et 2006, de 8,7 %. Elle est par contre de 42,6 % pour les 0,01 % les plus riches de la population. Ce pays est

La France, les États Unis ou l’Allemagne ?

3 – Si un référendum ne donne pas le résultat attendu, il suffit d’en organiser un second.

Vrai/Faux

4 – Qui a dit « la règle d’or est un piège à cons » ?

Jean-Luc Mélanchon, Arnaud Montebourg ou Jacques Delors ?

5 L’année prochaine, en France, le taux « normal » de la TVA sera

19,6 %, 23 % ou 30 %

6 – A qui doit-on cette définition de la démocratie : « la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » ?

Montesquieu, Démosthène ou Abraham Lincoln ?

7 – Quel est parmi ces pays celui qui a accordé le droit de vote le plus tôt (1893) ?

la Suède, la Nouvelle-Zélande, la France ou la Norvège ?

8 – Le coût moyen de la campagne d’un sénateur ELU est proche de 7 millions d’euros

en Allemagne, aux Etats Unis ou en France ?

Une boîte de madeleines de Commercy (dégustées depuis longtemps !)

En introduction de la conférence, Marc Foltz souligne que les formes adoptées par les démocraties sont multiples et que la
multiplicité de ces formes démontre qu’il n’y a pas de forme idéale et que la démocratie doit être sans cesse repensée et renouvelée

Suit l’exposé de François Dosé. Ci-dessous le fil conducteur de cette intervention

La démocratie selon François Dosé

La démocratie est un ouvrage commun. Mais – vous le savez ou vous le ressentez – tout ce qui est ouvragé en commun n’est pas mécaniquement démocratique. Avant donc d’échanger, d’accords en désaccords sur les maux de notre démocratie, il me semble indispensable de prendre un temps pour l’appréhender.

1- La démocratie est une ambition, une volonté, une aspiration

Avant d’être un «état», l’ambition démocratique est une recherche, un devenir, y compris dans les Etats/nation, les communautés où elle semble acquise : la démocratie se perfectionne au fil du temps (la place des personnes handicapées, la place des personnes âgées, la place des jeunes, la place des exclus…). Cette remarque vaut dans la vie associative (en 1967 il suffit de 18 ans pour être responsable), dans la vie syndicale, depuis longtemps les étrangers sont éligibles à des responsabilités).

Par des vœux, des recommandations, des luttes, des silences, des témoignages s’exprime la conviction que le bien commun, l’intérêt général, l’utilité publique, le « mieux vivre ensemble » dans l’espace public sont :

  • mieux définis (réflexion) …la qualité de la concertation
  • mieux délibérés (décision)…la représentativité des décideurs ; les méthodes de décision (type de scrutin ? abstentions ? majorité ou consensus ?)
  • mieux mis en œuvre (exécution)…la coréalisation (ex architecte/personnes associées)
  • mieux contrôlés (évaluation)…Qui contrôle quoi ? (ex les agences de notation). Si, chaque fois que faire se peut, il y a appropriation collective –a minima, partage – de la réflexion, de la décision, de la mise en œuvre et de l’évaluation. Ceci vaut dans tous les espaces publics du « mieux vivre ensemble », dans les domaines politique, associatif, coopératif, syndical, mutualiste…dans l’entreprise, à l’école etc. Dans l’église, aussi (le protestantisme…T.C.)

Celles et ceux qui ne se reconnaissent  pas dans ce pari, ce défi, peuvent, pour appréhender le bien commun, privilégier une classe (aristocratie…classe ouvrière), un Dieu, un chef. Ces non-démocrates ne sont pas, assurément, tous « des salauds »…L’histoire nous montre des espaces de démocratie en des lieux, en des temps, peu enclins à celle-ci

  • les états généraux sont un espace de démocratie dans une monarchie de droit divin.
  • la Restauration « royale » est un espace démocratique par rapport à la monarchie absolue (rois de France; rois des Français)
  • la République…avec le vote censitaire, avec le suffrage universel sans les femmes !
  • le Chah d’Iran/l’Ayatollah ? Gorbatchev/Poutine ?
  • les monarchies constitutionnelles du Royaume Uni, des pays scandinaves / les républiques bananières ou totalitaires ?

Très signalé :

– Ce n’est pas la griserie de la performance qui est le marqueur prioritaire de l’ambition démocratique mais la volonté d’élargir les espaces de responsabilités partagées en les ouvrant au plus grand nombre. Il ne s’agit ni de renier ni de mépriser l’excellence, la performance ou la compétition mais de définir, préalablement à cette efficacité, l’intérêt commun. Notons une  nouvelle difficulté avec le développement durable : il s’agit d’intégrer, dans l’appréciation du bien commun, celle des générations de demain !

  • Au sein de chaque territoire, de chaque communauté de fait, le désir démocratique peut se formuler, se revendiquer, se mettre en œuvre de manière différente en fonction des acquis et des attentes, des histoires et des cultures
  • Le désir de démocratie concerne-t-il des communautés de choix ? Amis, familles (mari/épouse, parents/enfants), créateurs artistiques (Living Theater…)
  • La démarche démocratique s’impose t-elle en toutes circonstances ? Pour contrer les occupants illicites d’un territoire : démocratie ou terrorisme (Résistance) ?

La Démocratie n’est pas innée, ni acquise, ni impossible. Associer « Demos » et « Kratos » nécessite assurément des efforts, des vigilances…

2- La démocratie vit d’une part par des dispositifs, d’autre part par des dispositions

Des personnes disposées (par conviction éducation ou tempérament) d’une part, des outils et des institutions d’autre part.

Nous pourrions dissocier ces deux termes mais juxtaposons-les un instant pour rappeler que l’usage d’outils démocratiques (ex l’information, la concertation, le référendum local…) peut être perverti par l’homme ou la femme qui l’instrumentalise (la propagande, la manipulation, le plébiscite) ou embelli – ne l’oublions pas ! – par l’homme ou la femme qui la sert ( ex Vaclav Havel).

Très signalé : la démocratie ne se réduit pas aux personnes ni aux postures comportementales

Des outils nécessaires : Constitution…Élections libres…Indépendance des pouvoirs politique, judiciaire, médiatique, économique…Instruction citoyenne (ex : Jean Macé, Ligue de l’Enseignement)

3- Les maux et les fragilités des ambitions démocratiques aujourd’hui

Pourquoi avec « d’honnêtes gens » (au sens du XVIIIème), avec des outils favorables, le résultat est- il si souvent décevant ? Nous sommes confrontés à cinq difficultés majeures :

a) immédiateté, urgence, réactivité…justifiées ou pas : Les tendances lourdes et l’aléatoire (crise financière)… le culte de l’efficacité…« Qui mesure dure», à Commercy. Désuet ?

b) éclatement des parcours de vie (égoïsme, individualisme) : la pédagogie différenciée/les travaux en groupe… revendications personnalisées/collectifs et groupements (associations parents d’élèves)… décentralisation/coopération… cités ouvrières/quartiers H.L.M./accession à la propriété…

c) la complexification des données : mairie/les prêts/les réglementations… les connaissances/les Lumières…Pierre Mendès France, « Il n’y a pas de problèmes si compliqués qu’on ne puisse les expliquer…»

d) la surinformation et la difficulté de la hiérarchisation (+ l’oubli !)

e) la marchandisation à outrance…y compris des liens sociaux :  » Le client est roi »… »Qui paie commande »… »le client » associatif, coopératif, mutualiste ou syndical (le confort personnel avant la solidarité du groupe)

4- Les fragilités, les perversités des outils démocratiques

Evidemment des faiblesses liées aux hommes et aux femmes : tous pourris ? Non…    500 000 élus en France + animateurs associatifs bénévoles, etc…plus vous élargissez le cercle des responsables, plus ils sont proches de vous, plus vous les observez, plus vous savez … colos/centres aérés.

Dès le XVIIIème siècle les philosophes des Lumières nous ont prévenus : la démocratie ne peut vivre sans vertu (morale; éthique)… l’exemplarité des responsables en politique et dans tous les espaces de la communauté démocratique.

Réfléchissons maintenant aux fragilités des outils démocratiques.

Comme tous les outils, ils s’usent ou on s’y accommode. Même performants pendant longtemps, ils sont parfois inadaptés au temps présent ! Doit-on changer le temps présent? Doit- on changer l’outil ? Les deux ?

Une nouvelle fois l’outil n’est pas neutre car son ouvrage, sa performance expriment « qui fait quoi ?».

L’utilisateur et l’ambition.

Quelques exemples :

  • syndicats, mutuelles, coopératives, partis politiques, associations, comités d’entreprise, collectifs circonstanciels sont des outils qui concourent à la démocratie mais leur légitime contribution est renforcée s’ils sont eux-mêmes porteurs d’un fonctionnement démocratique. Qui peut prétendre apporter aux Autres ce qu’il ne témoigne pas lui-même ? Problèmes des A.G… de la représentativité… du cumul des responsabilités.

De même les pratiques deviennent des contributions démocratiques si leurs ordonnateurs ont clairement établi l’ambition démocratique préalablement à leur démarche. Ex. :

    • référendum local, consultation populaire…attention au plébiscite.
    • « think-thank » ou boîte à idées (ex Terra Nova, Montaigne) prendre garde à la dictature des compétences.
    • les lobbies parlementaires ou non (en France, aux Etats-Unis)… partiels, partiaux et partisans mais un point de vue parmi d’autres !
    • les cercles de consensus … l’unanimité est-elle une sagesse démocratique ?
    • l’information et la participation dans l’espace politique (G.A.M.), dans l’entreprise (de Gaulle)… se défier de la propagande, de la manipulation.
    • internet et la consultation personnalisée (les courriels aux parlementaires…) ; vers le vote à domicile ? La détermination solitaire n’est pas toujours une libre détermination. Qui valide l’e-démocratie ?
    • pétitions… souvent un cri de colère, de désespérance sociale ou territoriale mais qui peut se fixer sur un événement/alibi.
    • sondages… non négligeables mais gouverner avec des sondages ou des U.B.M. (unités de bruit médiatique) est une concession douteuse à la démocratie d’opinion souvent soumise aux médias, eux-mêmes soumis…

Conclusion en guise d’introduction au débat

Les outils, anciens, rénovés ou nouveaux, les pratiques traditionnelles ou innovantes, ne sont consubstantiellement ni bienfaits et atouts de réussite, ni dangers et éléments de perversité : «Tous les méfaits de la Démocratie sont remédiables par plus de démocratie» Alfred Smith

Père Duval, « la calotte chantante » (Brassens). Qui sauve le malade : le médecin ? le médicament ? l’ami qui réveille le médecin pour le conduire au chevet du malade ?

Vaclav Havel : chaque engagement démocratique n’est qu’une étincelle, une poussière dans la marche de l’humanité, mais parfois l’étincelle provoque l’incendie et la poussière dérègle la machine.

Conclusion post-débat

Les probables et improbables. Stéphane Hessel/Edgar Morin ( La Voie)

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