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Révolution en marche en Islande

Le texte qui suit est une traduction libre de l’article « Iceland’s On-going Revolution » écrit par Deena Stryker pour le journal DAILY KOS accessible en version originale à l’adresse

http://www.informationclearinghouse.info/article28934.htm


L’Islande est un pays de 320 000 habitants, sans armée, qui est en quasi-banqueroute au moment de la crise de 2008. Cette nation a été ensuite oubliée par les media, mais, maintenant que les pays européens les uns après les autres sombrent dans une crise qui met l’euro en péril, l’Islande est un exemple à méditer, voici pourquoi :

Dans les années 2000, cinq ans d’un régime néo-libéral pur et dur font de l’Islande un des pays les plus riches au monde. En 2003, toutes les banques sont privatisées et pour attirer les investisseurs étrangers, celles-ci proposent des services en ligne au coût minimal et offrant des rendements relativement intéressants. Ces comptes (Icesave) attirent beaucoup de petits porteurs anglais et néerlandais. Mais, à mesure que croissent les investissements, croissent les dettes des banques.(perplexité du traducteur. DS rajoute « Moi non plus je ne comprends pas cela, mais je crois que c’est probablement exact si on comprend la finance». Si un économiste peut nous expliquer cela à l’adresse électronique jcbrenot46@gmail.com, je mettrai la solution du mystère en annexe de ce texte). En 2003, la dette islandaise est égale à 200 fois le PNB, pour atteindre 900 fois en 2007. La crise financière mondiale de 2008 donne le coup de grâce : les trois principales banques (Icelandic banks, Landbanki, Kapthing and Glitmir) s’effondrent et sont nationalisées, certains estiment que la couronne perd jusqu’à 85 % de sa valeur par rapport à l’euro et, à la fin de l’année, l’Islande se déclare en banqueroute.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces évènements ont permis aux Islandais de reprendre possession de leurs droits souverains par un processus de démocratie participative directe qui débouchera sur une nouvelle constitution. Mais pas sans peine comme on va le voir.

Sous le feu de 2008, Geir Haarde, premier ministre d’une coalition gouvernementale, négocie un prêt de 2 100 000 dollars, auquel s’ajoutent 2 500 000 dollars provenant des pays scandinaves. Mais la communauté financière mondiale se met à presser l’Islande d’adopter des mesures drastiques. Le FMI et l’Union Européenne veulent récupérer l’argent de la dette, le seul moyen pour eux d’apporter à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas les fonds que ces pays ont promis de restituer à leurs ressortissants.

Protestations et émeutes continuent, forçant le gouvernement à renoncer à ses projets. Les élections, avancées à avril 2009, donnent une majorité de gauche qui condamne le système économique néolibéral, mais accepte dans la foulée la demande de rembourser les 3 500 000 dollars demandés. Cela demanderait à chaque citoyen Islandais de rembourser à raison de 100 euros par mois pendant 15 ans, en empruntant à 5.5 %, la dette faite par des intérêts privés à d’autres intérêts privés. Là, trop, c’est trop !

Et ce qui arrive ensuite est extraordinaire. L’idée que des citoyens aient à payer les erreurs des monopoles financiers, que la nation entière soit taxée pour éponger des dettes privées, provoque un séisme, qui modifie les relations entre les citoyens et leurs institutions politiques, jusqu’à entraîner les leaders à se placer du côté de leurs mandants. Le chef de l’État, Olafur Ragnar Grimsson, refuse de ratifier la loi qui aurait rendu les Islandais responsables des dettes de leurs banquiers, et accepte d’organiser un referendum.

Évidemment, la communauté internationale accentue sa pression sur le pays. Grande-Bretagne et Pays-Bas menacent de représailles sévères qui isoleraient l’île. Au moment du vote référendaire, les banquiers étrangers menacent eux de bloquer toute aide provenant du FMI et les Britanniques de geler les avoirs islandais. Ainsi que le disait Grimsson, « ils nous disaient que si nous refusions les conditions imposées par la communauté internationale, nous deviendrions le Cuba du Nord, mais, si nous les avions acceptées, nous serions devenus l’Haïti du Nord ». (Deena Stryker ajoute: Combien de fois ai je écrit que lorsque les Cubains voient l’état lamentable de leurs voisins haïtiens, ils se trouvent plutôt heureux)

Dans le referendum de mars 2010, 93 % des votants s’opposent au remboursement de la dette. Immédiatement, le FMI gèle le prêt. Mais la révolution (qui est bien cachée aux USA) ne se laisse pas intimider. Avec le soutien des citoyens en colère, le gouvernement initie des enquêtes civiles et pénales à l’encontre des responsables de la crise financière et Interpol lance des mandats d’arrêt internationaux contre l’ex-président de Kaupthing Sigurdur Einarsson et d’autres banquiers responsables du crash.

Mais les Islandais n’en restent pas là : ils décident de jeter les bases d’une nouvelle constitution qui libèrerait le pays du trop grand pouvoir de la finance internationale et de la « monnaie virtuelle ». ( La Constitution de 1944 différait peu de celle écrite en 1918 à la séparation d’avec le Danemark, par le simple changement du terme « roi » en « président »)

Pour rédiger cette constitution, le peuple devait initialement choisir 35 citoyens pris parmi 522 adultes qui n’appartiennent à aucun parti et qui ont été recommandés par au moins 30 citoyens. En fait ce processus a été considéré comme anti-constitutionnel et les « gagnants » ont été dûment « nommés » par le Parlement. Ce texte n’est pas le produit d’une poignée de politiciens, il est soumis au scrutin des citoyens via l’internet. Le contenu des meetings est mis en ligne et les gens qui suivent la mise en forme de ce document peuvent envoyer par cette voie leurs commentaires et suggestions. La Constitution qui émergera éventuellement de ce processus d’élaboration démocratique sera soumise au Parlement en vue d’une adoption aux prochaines élections.

Certains lecteurs se rappelleront l’effondrement écologique qu’a connu l’Islande au Xe siècle dans le domaine agricole, effondrement qui a été traité dans le livre éponyme de Jared Diamond. Aujourd’hui, ce pays s’extrait de son effondrement financier d’une manière à l’opposé de celle généralement considérée comme inévitable, cf. les propos récents de Christine Lagarde à Fareed Zakaria à ce sujet. On a dit au peuple grec que la privatisation de leur secteur public était incontournable. Les Italiens, Espagnols et Portugais sont soumis aux mêmes contraintes.

Tous ces peuples devraient regarder du côté de l’Islande. En refusant de plier devant les injonctions étrangères, ce petit pays clame haut et clair que le peuple est souverain.

C’est bien pour cela que les media font silence sur l’Islande.

Si quelqu’un m’envoie une photo des émeutes de Reykjavik libre de droit, je la mettrai volontiers en ligne (je pense en particulier à l’une, qui semble avoir disparu de la toile, montrant des policiers couverts d’une substance blanche bizarre par des Islandais très éloignés de l’idée que nous nous faisions de ce peuple pacifique).jcb

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