Forte mobilisation citoyenne face à la politique du pilori, en Midi-Pyrénées comme dans toute la France et même ailleurs
A l’initiative des organisations syndicales, associations et partis politiques, sous l’unique bannière « Contre la xénophobie et la politique du pilori », après les signatures de près de 60.000 personnes de l’Appel citoyen, près de 140 manifestations qui ont accueilli 100 000 personnes ont eu lieu partout en France mais aussi devant les ambassades de France à Barcelone, Bruxelles, Londres , Bucarest, Rome, Vienne, etc.
En Midi-Pyrénées, plus de 5.000 participants étaient présents dans les rues de Albi, Auch, Castres, Cahors, Foix, Montauban, Rodez, Saint-Gaudens, Tarbes, Toulouse.
Les manifestants ont dit leur refus d’une politique de la peur, de la xénophobie et des divisions qu’elles provoquent. Ces manifestants, des associations, des syndicats, des partis politiques ont voulu donner un coup d’arrêt à ces dérives dangereuses pour la démocratie, pour la paix civile et pour la réputation internationale de la France. Ils ne s’arrêteront pas à cette seule journée de mobilisation, même si elle fut intense, forte et citoyenne.
La LDH appelle à la poursuite des actions autour d’un pacte citoyen qui doit unir toutes les forces qui se reconnaissent dans notre volonté commune de bâtir une République Laïque, Egale, Fraternelle et Libre.
La manifestation de Toulouse à fait l’objet d’une video, visible sur le lien:
http://www.youtube.com/watch?v=YKLy17YK-l4.
Le Président de la section de Toulouse de la LIgue des droits de l’Homme, Pascal Nakache y prononce l’allocution dont le texte figure ci-dessous.
« Il fallait déjà être mal voyant, il faut désormais être aveugle pour ne pas voir à quel point la politique de Nicolas SARKOZY foule aux pieds non seulement la tradition républicaine de ce pays qui fut la patrie des droits de l’homme, mais bien, chaque jour davantage, le simple respect des règles démocratiques les plus élémentaires.
De loi scélérate en loi scélérate, de renoncement en renoncement, de dérapage en dérapage, une poignée d’hommes, soutenus par une cohorte d’aveugles ou de complaisants, profitent de la crise et du désarroi de nos concitoyens pour détruire méthodiquement notre République.
Peu importe l’échec désormais patent de cette politique sur le terrain même de la sécurité des français où l’on nous claironne depuis des années que les solutions les plus simplistes ou les plus absurdes seraient la panacée. Peu importe que l’insécurité soit aujourd’hui et avant tout l’insécurité sociale, l’absence de travail, de logement, de revenus permettant de vivre dignement.
Aucune population ne semble désormais devoir échapper aux dérives d’un pouvoir qui, ne reculant devant aucun calcul sordide pour faire oublier les milliards généreusement offerts aux responsables de la crise, les paradis fiscaux et les arrangements entre amis, se complait à jeter le feu sécuritaire sur le terrain miné de la crise sociale : après les jeunes en rupture voués à la prison, après les précaires stigmatisés, après les étrangers reconduits à la frontière par charters ou insultés par le Ministre de l’Intérieur, après les malades psychiatriques abandonnés et enfermés, ce sont maintenant les Français d’origine étrangère qui sont menacés d’être déchus de la nationalité française, les parents d’enfants délinquants menacés de la suppression des minimums sociaux, et les Roms, citoyens d’Europe, jetés en pâture à ceux qui, fragilisés par un système déliquescent, pourraient être tentés de suivre cette politique des boucs émissaires.
Les Roms, cousins des Tsiganes, ces « sous hommes » à qui les nazis réservaient le même sort qu’aux juifs, les Roms, misérables et persécutés dans plusieurs pays d’Europe centrale et orientale, préférant faute de mieux mendier ici plutôt qu’être maltraités là bas, et maintenant stigmatisés par les plus hautes autorités françaises et pourchassés par les exécutants de la République sous les yeux atterrés de la communauté internationale et de tous ceux qui croient encore en l’homme ! Les Roms, privés de la liberté d’aller et venir qui fonde l’Europe dont ils sont membres à part entière, errants pourchassés d’un campement sauvage à l’autre et maintenant promis à de grands rapatriements collectifs, au risque de retours par des réseaux contraignant les plus faibles à la mendicité et à la prostitution ! Révoltante politique où la gesticulation médiatique la plus éphémère et la plus contraire à nos valeurs dispense de toute réflexion digne de ce nom et de toute action de fond.
Oui, les Roms sont nos frères, oui, nous sommes tous des Roms, oui, la peur des Roms est la peur inavouée de soi !
Gouvernants, plutôt que de clouer des populations entières au pilori, ayez le courage de faire respecter la loi par les communes, d’offrir des conditions d’accueil décentes, de favoriser le développement du travail et de faire respecter l’obligation de scolarisation.
Contre cette politique de la peur, nous clamons « Liberté ! Egalité ! Fraternité ! ». Contre la construction de cette société de surveillance, nous exigeons une société de solidarité. Prenons garde ! La « crise » risque fort de faire dans les années qui viennent des ravages que nous ne mesurons pas aujourd’hui. L’histoire nous a montré le mal terrible que peuvent faire les apprentis sorciers démagogues dans ces temps difficiles. Il est désormais du devoir de toutes celles et de tous ceux qui sont attachés à la République de manifester sans faiblir leur opposition à cette politique du pire et de lui construire une alternative crédible et généreuse.
Nous en appelons à tous les citoyens, aux partis politiques démocratiques, aux syndicats, aux associations, pour dire non à cette politique incendiaire et xénophobe, pour opposer à ce pouvoir dont nul ne peut plus dire qu’il ignorait la nature un vigoureux sursaut démocratique. »
Dominique LIOT est intervenu en fin d’initiative pour l’ensemble des 50 organisations appelant à la manifestation
Un énorme bravo pour votre mobilisation, pour notre mobilisation* ! Nous sommes très nombreux. Merci à tous ! Comme beaucoup de citoyens fidèles à l’esprit républicain et aux idéaux de la Résistance, nous sommes là pour dénoncer les annonces graves du président de la République et les projets de lois envisagés contre les immigrés, leurs enfants, les gens du voyage, l’ensemble des populations tziganes (Rroms, Manouches ou Gitans).
Avec un tel discours discriminatoire, en stigmatisant ainsi les gens du voyage (dont l’essentiel sont français) et les citoyens européens que sont les Rroms, en voulant rendre responsables de l’insécurité les étrangers installés en France, Nicolas SARKOZY s’attaque aux fondements mêmes de la République.
Si de telles lois scélérates sont votées, osera-t-on encore parler de liberté, d’égalité et de fraternité ?
Seul le Front National, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, a proposé comme mesure systématique, la déchéance de la nationalité, et il faut remonter au régime de Vichy pour trouver une application d’une telle mesure, quand PETAIN a déchu les juifs, dits « étrangers », de la nationalité française.
Comment peut-on envisager de condamner des parents de jeunes mineurs récidivistes, donc des personnes qui n’ont commis aucun délit ?
Ces projets de lois sont contraires à la constitution de la 5ème République, en particulier de son article 1 :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Ce n’est pas nous qui le disons, c’est dans le texte ! « Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine ou de religion. »
Tout citoyen doit être sanctionné pour le délit ou le crime qu’il a commis et non pas en raison de ses origines.
Le président de la République ne cherche pas à s’attaquer aux causes de la délinquance, il agite l’épouvantail de la sécurité à des fins électoralistes en voulant rendre l’étranger responsable de tous nos malheurs, en tentant de faire oublier sa politique qui attaque systématiquement le socle des conquêtes sociales issues de la Résistance et de la Libération.
Les exemples sont nombreux des effets dévastateurs de cette politique à Toulouse, notamment par l’évacuation des 7 campements du Ramier (dont certains abritaient roumains et bulgares, dont un autre faisait l’objet d’un projet suivi par la « Cohésion Sociale » avec le soutien du Groupe Amitié Fraternité), mais aussi par la tentative – mise en échec par la mobilisation impulsée par la Cimade – d’expulser une Kosovar arrêtée parce qu’elle traversait à coté du passage clouté. Heureusement que le ridicule ne tue pas ! Et tous les alibis sont bons pour faire du chiffre sur les reconduites à la frontière, particulièrement aujourd’hui, de Rroms roumains et bulgares, citoyens européens de seconde zone… en France.
Car il faut savoir que là où en Espagne, il faut 3 semaines aux roumains pour obtenir le droit au travail, en France, ils vivent dans la hantise de se faire expulser au bout de 3 mois de présence sur le territoire où l’accès au travail leur est quasiment interdit. Et après on va les accuser de faire la manche, alors que c’est le seul moyen qu’ils ont pour survivre, passant de bidonvilles à des squats de fortune. Et cela dans la patrie de la déclaration universelle des droits de l’homme !
Alors résistons contre ces dérives fascisantes, contre cette xénophobie d’Etat. « Nous ne sommes plus vraiment en démocratie, nous ne sommes pas encore dans un état autoritaire, nous sommes dans un état limite ». Avec ces projets de lois annoncés, nous dépasserions cette limite…
Alors oui, résistons, exprimons sans retenue notre indignation, soyons vigilants et participons activement aux nécessaires mobilisations, notamment pour EXIGER LE REJET DE CES LOIS INDIGNES, CONTRAIRES AUX VALEURS REPUBLICAINES ET AUX DROITS DE L’HOMME. Tout simplement par humanisme.
* 3000 personnes dans les rues de Toulouse, du rarement vu sur ce genre de sujet
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