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Prévention du suicide en prison : une politique inefficace. Communiqué du syndicat des avocats de France

SYNDICAT DES AVOCATS DE FRANCE

SAF 34, rue Saint Lazare 75009 PARIS

Tél. 01 42 82 01 26 – Fax. 01 45 26 01 55

saforg@orange.fr

COMMUNIQUÉ

Prévention du suicide en prison : une politique inefficace

Alors que le nombre des suicides en prison, dix fois supérieur à celui de l’ensemble de la

population, ne cesse d’augmenter (92 depuis le 1er janvier 20091), la nouvelle ministre de la

Justice vient d’annoncer un plan d’action pour la prévention de ce risque, qui se limite à la

reprise de quelques propositions du rapport ALBRAND2 : formation des personnels

pénitentiaires, distribution d’un « kit anti-suicide » aux détenus (pyjamas en papier, matelas

ininflammables, couvertures indéchirables), amélioration de l’accueil des personnes arrivant en

détention ou en quartier disciplinaire et nomination de « détenus de soutien ».

Même si certaines de ces mesures peuvent être utiles, il reste que les dérives sécuritaires de la

politique pénale menée depuis plusieurs années ont conduit à l’augmentation régulière du

nombre de détenus, notamment avec les lois sur la récidive ou les peines planchers, et

constituent la principale cause de l’augmentation des suicides dans les établissements

pénitentiaires, qui ne sera pas réduite par les mesures annoncées par Mme ALLIOT-MARIE.

La surpopulation carcérale et la dégradation des conditions de détention, dénoncées par les

rapports parlementaires de 2000, ne peuvent qu’engendrer un sentiment de désespoir chez les

détenus les plus fragiles, alors que la moitié de la population carcérale souffre de troubles

psychologiques ou psychiatriques.

Les vraies solutions pour réduire les suicides en prison sont ailleurs : juridictionnaliser la

commission de discipline en la faisant présider par un magistrat, donner un pouvoir d’injonction

au contrôleur général des lieux de privation de liberté, réduire la durée des punitions de cellule

disciplinaire, améliorer les conditions matérielles de détention, assurer une meilleurs prise en

charge psychiatrique des détenus, abandonner la politique du tout carcéral.

Par ailleurs, la véritable réforme pénitentiaire est toujours attendue.

Enfin, il est pour le moins paradoxal de constater l’assourdissant silence du gouvernement sur

les observations du premier rapport de Jean-Marie DELARUE, comme si l’institution d’un

contrôle véritable, par une autorité indépendante, des lieux de privation de liberté, n’avait eu

pour seul but qu’un effet d’annonce.

Le SAF déplore que la chancellerie n’ait manifestement pas pris la mesure de la gravité de la

situation dans les prisons françaises, qui appelle une réforme d’ampleur de la politique

pénitentiaire et de la politique pénale et non des mesures ponctuelles au gré de l’actualité.

Paris, le 22 août 2009

Contact : 01 42 82 01 26 saforg@orange.fr

1 Chiffre de l’association Ban Public, la Chancellerie faisant état de 81 suicides depuis le 1er janvier 2009, pour 93 en 2006,

96 en 2007 et 115 en 2008

2 Rapport au Garde des Sceaux, La prévention du suicide en milieu carcéral, commission présidée par le docteur Louis

ALBRAND, janvier 2009 (pour le télécharger, http://www.auboutduweb.com/poolp/index.php?post/2009/08/19/Lerapport-

Albrand-pour-lhumanisation-des-prisons-francaises)

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